si tu n'as pas étudié, voyage...

Depuis 1982 mes petits et grands voyages autour du monde sont l'occasion d'engranger une moisson d'images saturées d'informations sur la vie,dans les paysages du monde entier,entre photographies et carnet de route ...

Ghat, porte de l'Acacus

Publié le 28/01/2017, par denis martin , Ghāt

Jour06 : Vendredi 25 février

 Wadi Erlacheme (9h30) – Wadi Tanezouft (13h30) : 4h de marche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après une bonne nuit dans l’oued, j’ai le dos un peu endolori ; je râpe ma barbe pour y prélever quelques rogatons ; pas de sardines mais seulement du sable.

Le thé bu, c’est l’effervescence de tous les matins : Salem vide une bouilloire d’eau dans le radiateur, Agi range sa guitare, le 4x4 est chargé, les chameaux baraqués. C’est parti en chanson, faisant réviser à nos hôtes les standards de la chanson française. La terre est sèche, craquelée par endroit .Nous apercevons les dunes jaunes qui grandissent à notre approche. Les nuages ont disparu et la chaleur est bien présente. 

 

 

 Un terrain caillouteux de roches noires et de sable mêlé barre l’accès aux dunes. Les plus courageux vont  gravir la plus haute. Gibril n’avait pas prévu ce contretemps . On mange à l’ombre des tamaris: tomate, olives, omelette, frites, aubergines, pommes  et bananes ; il faut finir, on ne ramène rien ! Tandis qu’Abdel Kader ligote quelques bois sec à l’arrière du pick-up, nous saluons Agi notre jeune chamelier qui part pour la Tadrart, avec deux bêtes.

 

 

S’ouvre alors une large vallée qui descend en pente douce en longeant le plateau de grès ;

 nos chauffeurs se lâchent sur cette surface plane : dunes barkhanes en croissant, posées sur le fond dur, dunes en cordon à arête tranchante, dunes en vagues courtes se succèdent .Peu avant l’arrivée au camp, nous continuons à pied : 

soumis aux caprices du vent, le sable se soulève ; c’est le moment où je dois changer de pellicule. Elle en gardera une traînée blanche.

Le soleil est bas maintenant, les falaises prennent une teinte argentée et le sable doré passe du rose au bleu. La tente verte de Salem, le cuisinier est déjà montée ; dans un scénario bien rodé, il en sort avec le thé et les gâteaux qui nous avalons autour de la grande natte.

Menu de fête ensuite : chorba, couscous de chèvre et poulet grillé.

Puis, l’endroit s’anime ; des dizaines de personnes nous encerclent. Prenant place sur l’arène improvisée, le tout Ghat semble avoir rendez vous ici au clair de la lune. Des pick up chargés arrivent. En descendent des femmes en robes bleues à paillettes et des hommes tout de noir vêtus.

 

« Ce sont des artistes nigériens » me dit Gibril. Une sebeiba, une fête comme il y en a une à Djanet ou plutôt un rassemblement  « tindi » pour chanter. Les femmes jouent de la ganga, un tambourin en bois circulaire, en frappant la peau à l'aide d'une baguette. Le rythme envoutant est soutenu par des choristes aux chants récitatifs et monotones.

 

 

Les hommes, coiffés du takoumbout, une longue chechia, portent un costume d’apparat. Encouragés par les youyous, ils brandissent leur tabouka, simulent des combats, enchaînent danses et acrobaties. Cette fête a t-elle pour but de distiller les inclinaisons belliqueuses des touaregs ou célèbre t-elle la mort de Pharaon, noyé dans la Mer Rouge alors qu'il poursuivait injustement Moïse

…toujours est il qu’elle évoquée au néolithique par les peintres rupestres.

 

Deux heures passent, la lune monte et les acteurs sont fatigués. La scène se videra aussi vite qu’elle s’était animée. 

 

 

 

Jour07 : samedi 26 février

Ghat

Nous quittons après une courte nuit la banlieue sableuse de Ghat.

La ville apparaît, dominée par le mont Koukemen qui est lui même coiffé par une citadelle historique. De là haut la vue est grandiose, avec au loin, les falaises rocheuses de l'Akakus, qui s'étendent à perte de vue. Derrière, au sud et à l’est, s’étend un paysage dunaire qui précède les plateaux de la Messak. Je les découvrirai l’année suivante, mais je ne le sais pas encore…

 

 Nous nous rendons à l’agence où je me lave de façon sommaire. Je ne prends pas de douche, mais un demi verre d’eau  et une véritable éponge ; Je ressemble à un sou neuf ! De toute façon, ici l’air ne colle pas à la peau; on peut se sentir propre sans se laver pendant quinze jours ; l’agence me déleste encore d’une taxe d’aéroport de douze euros.

 

Après le repas, je pars visiter la ville-oasis. L’origine de son nom vient du mot lézard, arata en tamachek. Ghat aurait été fondée au douzième siècle par les Berbères de la tribu des Ihadjenen.

 

 

En cette année 2005, sur une vingtaine de milliers d’habitants, une majorité de Touareg y vit toujours. Jadis lieu de rencontre et de halte des anciennes caravanes trans-sahariennes, florissante jusqu’à l’abolition de l’esclavage, la petite cité offre maintenant aux touristes ses maisons en briques de terre peintes à la chaux, ses boutiques de souvenirs et d’« Artissana ».

 

Je monte à la citadelle et m’offre un point de vue sur la vieille ville, plongeant dans les ruelles étroites et sinueuses, dans l’intimité de la vie quotidienne des habitants. Sur leurs maisons en pisé, les antennes satellites semblent interroger le ciel.

Je redescends, passe devant une maison rose, les échoppes et le marché. J’emprunte quelques ruelles, me perds un peu et me retrouve devant l’école. Ici on  enseigne le français, m’apprend ce jeune homme bleu. Sur le mur de la cour, derrière ses lunettes noires, un Kadhafi bien martial surveille les récréations.

 

Dimanche, la neige vient saluer mon retour dans les Vosges

« Alouette, je te plumerai » Non, merci pas ce soir !

 

 

Epilogue

Indissociable du régime de Kadhafi, endoctrinée par son régime pendant quarante ans,  Ghat n’a pratiquement pas participé à la révolution libyenne.  Dans cette ville aux ruelles pittoresques, isolée en plein désert et proche de l’Algérie, la révolution n’a rencontré ici aucun écho.

La désorganisation y est maintenant totale, et la région une des principales zones refuges des jihadistes qui ont fui le Mali. Avec des milices locales qui tentent de faire régner un semblant d'ordre dans cette zone de non-droit, avec l’armée nigérienne qui mène une guerre sans merci contre les narcotrafiquants et les islamistes, le patrimoine est en grand danger dans le Sud libyen.

 

 

 

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